ACCÈS AUX COMPTES BANCAIRE : UN GRAND ECART ENTRE L’HOMME ET LA FEMME

La question de l’ouverture des comptes bancaires reste problématique dans la région de l’Extrême-Nord.

 

Depuis plusieurs décennies, la question de l’égalité hommes-femmes est au centre des questions de développement. En effet, les femmes ont moins de chances d’avoir accès à certaines ressources. Cette situation empêche ces dernières d’affirmer leur potentiel et de contribuer à la croissance économique, par conséquent retarde le développement. De nombreuses zones en Afrique Sahélienne comme L’Extrême-Nord vivent encore sous le poids des pesanteurs socio-culturelles. De ce fait, cette inégalité s’affiche encore pleinement sur beaucoup de plans notamment l’accès aux comptes bancaires.

Le contexte socio-culturel : un énorme frein à l’émancipation économique des femmes dans la région de l’Extrême-Nord

La région de l’Extrême-Nord fait partie des zones où les femmes sont les plus dynamiques. Dans certaines cultures elles sont responsables du bien-être de la famille. Toutefois, elles n’ont pas la liberté financière qui va avec tout cela. Principalement traditionalistes, les hommes portent un regard vis-à-vis de leurs épouses. Elles ne sont pas vraiment libres de leurs mouvements. Encore moins sur la question des finances. Tel est le cas de Salamatou qui nous a déclaré que : « Pour que je puisse ouvrir un compte bancaire, j’ai dû aller à la banque avec mon mari et lui donner tous les accès de mon compte ». Dans la localité, nombreux sont les hommes qui surveillent les mouvements bancaires de leurs épouses. Chose qui les empêche ainsi de jouir de leurs revenus comme elles le devraient.


Femmes du village Zibou lors d'une sensibilisation sur les droits de la femme

Un autre fait notoire est que, ce sont les maris qui gardent les Cartes Nationales d’Identités de leurs épouses. Ainsi toute transaction nécessitant sa présentation est conditionnée par l’accord de l’époux. Tel est le cas de Raima jeune commerçante casseuse de gravier qui nous a confié que : « mon mari est le chef de famille, et en tant que tel, il garde mes documents comme ma CNI. Lorsque j’en ai besoin je lui demande l’autorisation ».

Les habitudes des populations ont également la peau dure

Hormis les pesanteurs socio-culturelles liées à la situation des femmes nous notons également que la culture d’épargne en banque est très exogène dans la localité. Cette information est vérifiable par le fait que peu d’hommes ayant un revenu à part les fonctionnaires ont un compte bancaire.

En effet, les hommes d’affaires pensent que leur argent est plus en sécurité où ils dorment. Si les hommes sont réticents, les femmes le sont davantage puisqu’elles sont sous le contrôle de ces derniers.

Les femmes de l’Extrême-Nord Cameroun sont très fragiles, car majoritairement analphabètes, mariées très jeunes, avec entre autres un grand nombre d’enfants à charge et un accès limité aux services de base. Elles sont pourtant les héroïnes de la lutte contre la pauvreté de par les différentes activités qu’elles mènent au quotidien.

Une rébellion des femmes ou une prise de conscience ?

Cette situation de contrôle absolu a rebellé de nombreuses femmes. Certaines sont allées jusqu’ouvrir un compte bancaire à l’insu de leurs époux. En effet, elles sont conscientes de ce que leurs maris ne sont pas d’accord avec le fait qu’elles exercent une profession. Relevons qu’à l’Extrême-Nord, l’on a attribué le statut de ménagère à la femme. Pour beaucoup et surtout les hommes, la place de la femme c’est dans la cuisine. Pour cette raison certaines femmes se lancent dans des commerces à l’insu de leurs époux et ouvrent des comptes d’épargne sans que ces derniers ne le sachent, afin de sécuriser leurs revenus qui pour elles sont souvent une garantie en cas de problème dans leurs foyers. Pour celles qui ont un emploi, elles ouvrent des comptes bancaires à l’insu de leurs époux parce qu’elles ne veulent pas que ces derniers soient au courant de ce qu’elles gagnent, encore moins qu’ils contrôlent leurs revenus.

Quoi qu’il en soit, cette situation inégalitaire en défaveur des femmes doit être rétablie afin de permettre aux femmes de profiter de leur dur labeur, mais aussi de leur liberté.

À propos de l'auteur

Nicole MASSAÏ Nicole MASSAÏ

Rédactrice en Chef du Magazine Fadjiri et de la Radio communautaire HOSSERE

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