LAÏCITÉ A L'ÉCOLE, UN LEURRE DANS LA RÉGION DE L'EXTRÊME-NORD

Le mot laïcité a perdu son sens dans les établissements scolaires de la Région de l’Extrême-Nord. Les élèves désertent les salles de classe pendant les heures de cours pour accomplir le 5ème pilier de l’islam.

 

Dans nos lycées et collèges, il est très régulier de voir des lieux de prières aménagés ici et là. Il s’agit pour la plupart des espaces de la cour remplis de sable et entourés de cailloux. Ainsi disposés, ces aires tiennent lieu de mosquée. Les enseignants créent la leur, les élèves aussi. Il n’est pas rare de voir les élèves qui fréquentent celle des enseignants pour prier avec eux. La présence de ces "mosquées", ainsi que le spectacle de ces groupes d’enseignants ou d’élèves entrain d’accomplir leur devoir religieux au sein de l’établissement scolaire laisse croire que nous sommes dans une institution religieuse. Oh que non ! Nous sommes bel et bien dans un lycée ou un collège d’enseignement général (CES). C’est à dire un établissement scolaire public. Pourtant, la loi n° 98/004 du 04 Avril 1998 portant sur l’orientation de l’éducation au Cameroun en son article 10 stipule que «l’école publique est laïque. Sa neutralité et son indépendance vis-à-vis de toutes les religions sont garanties ». Cet article figure d’ailleurs sur le règlement intérieur des lycées et collèges, lequel est généralement affiché dans les salles de classes. D’où vient-il alors que les élèves (musulmans) abandonnent les salles de classe aux heures de cours pour aller prier ? Peut-on encore parler de la laïcité de l’école au Cameroun en général et dans la région de l’Extrême-Nord en particulier ?

La prière est un pilier fondamental de l’islam. Elle se fait cinq fois par jour à des heures précises. Deux des cinq prières s’effectuent entre 7h30 et 17h30. C’est- à- dire pendant les heures de cours. Pour beaucoup d’enseignants et d’élèves musulmans du septentrion, il faut s’acquitter de cette obligation divine, peu importe le lieu. C’est ainsi que d’aucuns apportent des bouilloires pour leurs ablutions et des tapis de prière à l’école. Les filles quant à elles mettent pagnes et tchador dans leur sac. Au moment d’entrer en communion avec Dieu, elles nouent un pagne autour de leur taille sur la tenue et se couvrent la tête. Quand il est l’heure de prier, l’enseignant assiste impuissant à la désertion de sa salle de classe. Certains élèves sortent même sans demander de permission. Qu’importe ! Nul n’a le droit de les empêcher d’accomplir leur acte de foi. Comment comprendre que la neutralité de l’école face à la religion soit respectée par d’autres communautés religieuses et bafouée par une autre dans la même Région ?

En effet, le Cameroun regorge de religions. Presque toutes ont une représentativité dans la région de l’Extrême-Nord. Cependant, seuls les adeptes de l’islam pratiquent leur culte dans les lycées et collèges. Face à cette situation pour le moins incompréhensible et injuste compte tenu du «deux poids deux mesures» qui s’y dégage, la question a été posée à un chef d’établissement de la place. Il nous laisse entendre que : « La région est déjà sous scolarisée. Si on interdit aux élèves d’accomplir leurs prières pendant les heures de classe, plusieurs parents risquent de ne plus envoyer leurs enfants à l’école ». Ceci soulève les problèmes auxquels est confronté le système éducatif camerounais. On note à cet effet de fortes disparités régionales en ce qui concerne les résultats scolaires et les taux de scolarisation. La région de l’Extrême-Nord se classe depuis toujours aux derniers rangs des examens comme on peut le voir sur le tableau ci-dessous.

Selon les statistiques de l’UNICEF, le pourcentage d’enfants scolarisés par rapport aux enfants scolarisables à l’Extrême-nord est d’environ 48%. La proportion d'élèves achevant le primaire n'a pas dépassé 64 %. La population de cette partie du pays est fortement influencée par l’islam. Elle favorise très souvent l’école coranique et encourage aussi les mariages précoces surtout en milieu rural. Tous ces facteurs contribuent en partie à la sous-scolarisation de ladite région.

L’éducation étant un souci majeur du Gouvernement, celui-ci s’est fixé pour objectif d’augmenter le taux de scolarisation dans les dix régions. Tout doit donc être mis en œuvre pour donner la possibilité à tous les enfants d’aller à l’école. Cet engagement se traduit entre autres par des efforts faits conjointement par l’Etat et certains organismes internationaux à travers la gratuité de l’école primaire et des programmes d’appui à la scolarisation de la jeune fille. Les solutions apportées aux problèmes du système éducatif se font donc de manière générale, en prenant toutefois en compte les spécificités des localités. De ce fait, afin de former les élèves, quel que soit leur appartenance sociale ou religieuse et de leur transmettre les valeurs de la république, les lycées et collèges se voient contraints de respecter les textes avec moins de rigueur. Par conséquent, les dispositions légales portant sur la laïcité de l’école au Cameroun ont perdu tout leur sens et leur observation bafouée.

Pour tout dire, au-delà de la volonté de l’Etat de préserver l’abstention des établissements publics face à la religion, le besoin ainsi que la détermination d’éduquer sa population dans toute sa diversité demeure sa priorité même si certaines entorses à la loi confèrent à une communauté des privilèges qui suscitent un malaise social non avoué mais réel. 

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