EDITORIAL - Préparons les conditions d’un retour à une paix durable dans la Région de l’Extrême-Nord

Le préambule de l’Acte constitutif de l’UNESCO proclame que : « c'est dans l'esprit des Hommes que naissent les guerres, c'est dans leur esprit qu'il faut ériger les défenses de la paix ». Ce passage chargé d’une pertinente signification saute aux yeux.  Il évoque à la fois deux mots qui s’opposent perpétuellement : la guerre et la paix.  L’ancien Premier Ministre anglais Winston Leonard Spencer-Churchill disait que « l’horreur de la guerre ne peut, en aucune façon, avoir raison sur l’honneur de la paix ». Pour lui, la paix devra toujours triompher en toute circonstance...

 

La Paix, quatre lettres (deux voyelles, deux consommes), peut désigner une entente mesurée de toute difficulté conséquente à la vie en communauté. C’est l’état d’un groupe de personnes qui ne sont pas en conflit, en querelle. Elle peut aussi désigner un état de concorde entre les groupes sociaux, les citoyens. C’est une forme d’absence de luttes sociales, de troubles sociaux. Cependant, le conflit n’est pas l’opposé de la paix. La paix ne saurait être un absolu, mais une recherche permanente.

L’on peut multiplier les définitions mais ce qui nous importe c’est que la paix n’est pas absolument l’absence de conflits, ce n’est non plus la brève accalmie qui sépare deux guerres comme le pensait Hugo de Groots.

Les rédacteurs de la Charte des Nations Unies nous rappellent que le pire ennemi de la paix, c’est l’injustice. Cette injustice, qui prend aussi la forme d’une violence structurelle, sournoise sévissant chez les pauvres par la faute d’un système inique (faim, maladies, analphabétisme, injustice, destruction de l’environnement, etc.).

La paix, ce n’est pas seulement le désarmement car arrêter de s’armer n’y conduit pas nécessairement. La paix est en même temps un état d’esprit intérieur résultant d’une harmonie personnelle, un état d’harmonie sociale résultant d’une aptitude à la résolution pacifique des conflits, une harmonie avec la nature.


Le droit à la paix

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ne contient pas d’article spécifique sur « le droit à la paix ». Son article 3 dispose que « tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne ». Ces éléments ont établi les fondements de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde entier.

Au cours des dernières années, plusieurs institutions universitaires de paix ont été fondées à l’effet d’enseigner les valeurs de paix, de fraternité et de partage. Nous pouvons citer :
L’université pour la paix de l’ONU (UPEACE) dont le campus territorial est situé à San José au Costa Rica ;

L’université de la paix de Brasilia (UNIPAZ) qui est un réseau international pour la culture de la paix et de la non-violence implanté au Brésil, en Argentine, en Équateur, en France et au Portugal. Il propose une formation approfondie en éducation à la paix qui se déroule avec 22 modules sur trois ans ;

L’université de paix de Namur (Belgique) qui depuis plus de 20 ans, axe son travail sur la gestion positive des conflits ;

Le centre mondial de la paix de Verdun qui est un lieu d’exposition, de rencontre et de réflexion pour la promotion de la paix, des libertés et des droits de l’Homme. Il est situé dans l’enceinte de l’ancien palais épiscopal de Verdun (Département de la Meuse, en France) ;

Le réseau d'institutions et Fondations pour la Paix en Afrique qui est un mouvement continental et durable en faveur de la paix, capable de mobiliser les États africains, le secteur privé, les artistes et leaders africains, les organisations internationales et les acteurs du développement régional ainsi que les ONG et les associations de terrain. Basé à Yamoussoukro en Côte d’Ivoire, le Réseau est actuellement composé de quarante-quatre (44) organisations africaines et non-africaines.

A l’initiative des Nations Unies, la Journée internationale de la paix a vu le jour pour la première fois en 1981. Elle est célébrée chaque année le 21 septembre qui est dédié à la paix. Le Pape Paul VI a institué en 1968 une journée mondiale pour la paix, le 1er janvier.

L’avènement de l’Observatoire Régional pour la Paix et la Tolérance (ORPT) à l’Extrême-Nord du Cameroun est une initiative des ressortissant(e)s de cette partie du pays pouvant contribuer à ramener une paix durable dans les zones conflitogènes car la guerre est une expérience réellement traumatisante, aussi bien pour ceux qui la subissent que pour ceux qui la font.

Travail permanent de sensibilisation et de dialogue de l’ORPT

Que ce soit à la sensibilisation, le témoignage, l’interpellation des consciences, le plaidoyer, l’accompagnement des cibles, la promotion de la paix intègre l’ensemble des domaines de l’Observatoire Régional pour la Paix et la Tolérance (ORPT).

A l’ORPT, nous voulons croire au retour à une paix durable. Nous sommes un groupe pluridisciplinaire et nous sommes motivés à apporter notre concours à la construction de cette paix durable. Nous sommes conscients qu’aucun projet de vie ne peut être mis en œuvre dans un contexte de grande incertitude sur le présent et sur l’avenir. L’ORPT clame la paix de tout son être. Pour lui, la paix doit être positive, basée sur le respect des droits humains (justice, égalité, dignité etc..).

La paix, la stabilité et la prévention des conflits sont liés aux Objectifs du Développement Durable. C’est une relation entre individus, groupes d’États ou systèmes dans lesquels les conflits sont réglés pacifiquement.

Il est bien plus difficile de combattre les inégalités et de répondre au besoin des populations en difficulté dans un monde où la paix prend de l’eau de toute part.

Les pays les plus fréquemment victimes de violences sont aussi ceux dont les niveaux de pauvreté sont les plus élevés. Les habitants de pays instables et en situation de conflit sont deux fois plus susceptibles d’être touchés par la sous-alimentation que ceux des autres pays en développement. Leurs enfants ont trois fois moins de chance d’aller à l’école et le risque de mortalité infantile avant l’âge de cinq ans est deux fois plus élevé.

La conscience de la guerre est un préalable à la Paix

Dès qu’on parle de la paix, la guerre n’est pas loin de se manifester, alors que l’inverse n’est pas attesté. La paix, c’est la sortie du labyrinthe de la guerre. Gagner une guerre n’est rien si l’on ne sait gagner la paix.

Pour rester conséquent avec nous-mêmes, tout Homme « normal » aspire à un climat de paix et de sécurité. La prise de conscience que la paix est menacée d’une manière sans précédent est un défi permanent.

Il nous apparaît urgent d’agir afin de prévenir des déséquilibres et des crises qui se développent autour de nous. La pédagogie est un préalable à la prise de conscience. Car la conscience de la guerre est un préalable à la Paix.

Dans un contexte régional comme le nôtre, le retour durable à la paix nous recommande, la transformation du conflit pour le résoudre sans répondre forcément par la violence. De tout temps, les démarches non-violentes incarnent la démarche de transformation pacifique du conflit. Gandhi a prouvé aux yeux du monde que la non-violence pouvait changer le cours de l’histoire. En préconisant de ne pas recourir à la violence pour résoudre les conflits, on transformerait durablement l’état d’esprit de la société.

La sortie du labyrinthe de la guerre

Faut-il embrasser les ex-combattants de Boko Haram comme dans la parabole du retour de l’enfant prodige ? Ou faut-il s’en méfier ? Les villages qui accueillent des ex-combattants de la secte de Boko Haram revenus des zones de théâtres sont dans l’embarras. Car pour eux, il s’agit désormais de cohabiter avec les bourreaux d’hier qui jurent la main sur le cœur qu’ils ont été enrôlés de force.

Les actes terroristes perpétrés par ces ex-combattants sont souvent perçus comme une déclaration de guerre à la liberté religieuse et à la sécurité des personnes et des biens. S’il faut pour l’Etat d’œuvrer pour garantir la sécurité des citoyens camerounais et des étrangers résidant au Cameroun, il doit également s’attaquer aux causes du mal, en se dotant d’une vraie politique sociale susceptible de stabiliser l’environnement quotidien des populations de la Région de l’Extrême-Nord.

Il y aura un avant et un après des attentats des éléments de Boko Haram dans la Région. Si aujourd’hui, la paix revient timidement, nous devons relever quand même que des incursions sporadiques des adeptes de la secte islamiste Boko Haram perdurent, notamment dans certains villages frontaliers au Nigéria et au Lac Tchad.

Synthèse des attentats perpétrés par Boko Haram et des affrontements du 1er Janvier au 31 Mars 2019 dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun

Nombre de Départements concernés Nombre d’Arrondissements concernés Nombre des morts de suite des attentats et des affrontements Nombre de blessés issu des attentats et des affrontements Nombre d’attentats, incursions et affrontements
03 38 35 10 20

Ce tableau intègre une très faible marge d’erreur sur les données collectées

Régler un conflit ne signifie pas inéluctablement que l’on aboutira à la paix. Réconcilier des protagonistes ne débouche pas nécessairement sur un rapprochement des entités en conflit. Pour se faire, il faut une possibilité de réconciliation à travers ce qui relie les Hommes entre eux. La paix, c’est créer des liens, c’est apprivoiser tous les « renards » par l’instauration des valeurs sans lesquelles il n’ait de paix possible, même en l’absence de tout conflit manifeste.

Nous devons redoubler d’efforts pour diminuer ces risques et conserver les acquis du développement. Aujourd’hui, réussir ne signifie pas seulement prévenir les conflits dans le sens traditionnel du terme. Nous devons continuer à développer des systèmes de médiation, mais nous devons aussi trouver des solutions pour combattre la pauvreté et renforcer l’inclusion sociale.

Nous devons aider le Gouvernement à réagir plus efficacement devant les inégalités, les causes de violence et la radicalisation des mœurs. Le Gouvernement devra mettre un accent particulier sur l’école pour inculquer aux enfants, l’amour du prochain, le courage, la tolérance et le sens du patriotisme. Pourquoi cette proposition de l’école ?

L’école, parce qu’elle est un des lieux privilégiés de formation des futurs citoyens, le vecteur des nouvelles valeurs, mais surtout parce qu’elle n’est pas non plus épargnée par la vague de violence qui sévit dans la Région. L’école doit éduquer à la paix. Pour cela elle doit s’inscrire dans un véritable projet d’éducation à la citoyenneté, s’appuyant sur le dialogue, la concertation, la participation, la coopération, et lutter contre l’exclusion passive.

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Thursday, 14 November 2019 16:45

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