RÉACTIONS DES EX-COMBATTANTS DE BOKO HARAM

Ci-dessous, quelques réactions de certains ex-combattants de Boko Haram.

 

Pardapa Geremy

Je suis originaire du village Sanda-Wadjiri dans l’arrondissement de Kolofata. Des gens sont venus la nuit nous ramasser dans le village et nous ont amené dans la forêt de Diwa. Les Boko Haram nous confiaient des petites tâches comme chercher le bois, aider à préparer, garder le camp ou encore fendre le bois. On passait des journées sous les arbres et on nous enseignait le coran. On nous nourrissait avec le riz ou le spaghetti. Et au fil du temps, c’était devenu monotone malgré le fait qu’on nous promettait des lendemains meilleurs. On s’est rendu compte qu’on nous a désillusionnés et on a fomenté un plan pour fuir. Surtout lorsqu’on voyait le mauvais traitement qu’on infligeait aux captifs dont certains étaient enchainés. J’ai passé trois ans au camp des Boko Haram. J’ai fait semblant d’aller pisser et j’ai fondu dans la brousse en suivant des pistes et en me renseignant le long de la route. C’est comme ça que je suis tombé sur une patrouille de l’armée qui m’a fouillé et m’a posé des tas de questions sur ma provenance. C’est comme ça qu’ils m’ont recueilli jusqu’ici au camp militaire.

 

Boukar Madi

Je suis originaire de Tolkomari. C’est à la suite d’une altercation avec mon frère aîné que j’ai décidé de quitter le village. C’est en voulant me rendre au Nigéria que je suis tombé sur un groupe des membres de Boko Haram qui m’ont amené dans leur camp dans la forêt. Nous, on faisait la mécanique, on réparait les motos et les vélos. On nous a appris comment manier les armes et comment tirer mais je ne suis jamais allé au combat. Un jour, un hélicoptère de l’armée nigériane a survolé la forêt dans laquelle on vivait et a versé des affiches où il était écrit que Boko Haram est mauvais, qu’il nous trompait et que si nous renonçons à Boko Haram, on va nous recueillir et rien nous faire. Et au bout de trois ans et demi passés en brousse, j’ai décidé de reprendre la route, de retrouver ma famille où je menais une vie paisible. J’ai suivi une piste jusqu’à la frontière dans le village Bonori où les membres du comité de vigilance m’ont recueilli.

 

Mougué Hassan

Mon village, c’est Tala Madi. Ils sont venus de nuit me prendre à la maison il y a de cela trois ans. J’étais en classe de 4e au lycée de Limani. Une fois dans leur camp, on partait labourer leur champ, que ce soit en saison sèche ou en saison des pluies. Depuis, je cherchais les moyens de partir sans succès. Ils étaient très nombreux et il est difficile de fuir. C’est maintenant que leur nombre a diminué. Les militaires ont arraché beaucoup de leurs armes et les conditions de vie sont devenues difficiles. C’est chacun qui a cherché les moyens de s’enfuir et c’est comme ça que j’ai pris l’initiative de fuir de la forêt de Diwa où on était logé. Quand j’ai fui, je me renseignais dans les petits villages sur la route à prendre pour retrouver mon village. Lorsque je suis rentré, mes parents n’en revenaient pas puisqu’ils pensaient qu’ils m’ont tué. Ils m’ont demandé d’aller loin à Kolofata et de me présenter au chef de canton pour des raisons de sécurité. On m’a bien accueilli jusqu’ici au camp des militaires.

 

Oumaté Brahim

Des amis nous ont dit qu’on recrutait dans Boko Haram et que la vie était bien là-bas. J’étais curieux et surtout je voulais découvrir les armes et comment manipuler les fusils. On m’a appris à tirer et certaines techniques de combat. On nous a enseigné le coran et on nous a dit que si on meurt au combat, on irait au paradis. Mais on ne nous a pas envoyé au front. On perdait le temps à ne rien faire et on s’ennuyait. C’est comme ça que la nourriture était difficile à avoir. J’étais tombé malade et personne ne s’occupait de moi. Je me suis souvenu de la bonne vie que je menais paisiblement en famille et j’ai alors décidé de quitter le camp. Lorsque j’ai fui, on a envoyé les gens à mes trousses. Je passais des nuits dans les arbres. Ils sont venus jusque dans ma famille mettre mes parents en garde que si je ne reviens pas dans Boko Haram, ils vont venir tuer ma famille.

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Sunday, 15 September 2019 14:25

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