EXTREME-NORD : L’ESPOIR D’UNE RECONSTRUCTION DURABLE SUR FOND D’UNE FRAGILE ACCALMIE

La secte islamiste nigériane, qui a fait de centaines de morts en territoire camerounais est en passe de pousser son dernier souffle.

Depuis presque trois ans que la forêt de Sambissa, véritable repaire de Boko Haram a été décapitée à la suite de lourds bombardements des soldats de l’armée nigériane et de la force multinationale mixte, c’est la débandade dans le camp des terroristes islamistes. On a alors assisté à l’afflux massif des ex membres et otages de Boko Haram dans les pays limitrophes du Lac Tchad. Le premier contingent des retournés de Boko Haram est entré par l’arrondissement de Mayo-Moskota à partir des Villages Ashigashia, Mbaljoel, Kouyapé… Ils ont été interceptés à la frontière par les comités de vigilance puis remis à l’armée camerounaise. Dans un premier temps, ils ont été casés à la commune de Mozogo. Mais pour des raisons de sécurité et de méfiance des populations hôtes, ils ont été dirigés vers un site créé pour l’occasion dans le canton de Zamay. Selon Boukar Mahama, parent d’un ex-membre de Boko Haram, "dans un premier temps, on a eu peur de son arrivée et on était méfiant. Même les voisins nous ont vivement conseillé d’alerter les forces de défense et de sécurité mais nous avions cru qu’elles allaient le tuer. Mais à notre grande surprise, on l’a casé avec la centaine d’autres retournés au niveau de la commune de Mozogo avant de les référer au site de Zamay où ils sont actuellement". Il ajoute également que "par le passé, nous avons vu des membres de Boko Haram revenir assassiner leurs parents qui résistaient à les suivre chez les Boko Haram. Et d’office, on s’est dit qu’il en sera de même de nos enfants qui ont été pris de force ou séduit par les adeptes de Boko Haram. C’est pour ça que nous les dénonçons automatiquement chez les militaires camerounais à défaut d’alerter les chefs traditionnels ou les comités de vigilance".

Le regard mitigé d’une famille monoparentale victime de la guerre

Un autre site de recasement des ex-membres de Boko Haram est situé à l’intérieur de la base du secteur numéro 1 de la Force Multinationale Mixte basée à Mora. Ici, on rencontre près de 145 ex-Boko Haram en attente de formaliser leur repentance, leur encadrement et leur réinsertion sociale. "Pour l’instant, ils restent à la base de la FMM et s’occupent de petites tâches de propreté. Nous assurons leur logement et leur nutrition et leur prise en charge sanitaire", fait remarquer le Colonel Fonkon, adjoint au commandant de la FMM. Après leur enregistrement, un site de 13 hectares a été identifié dans le Canton de Mémé, arrondissement de Mora, pour abriter leur centre de recasement, de réhabilitation, et de re-socialisation avant leur retour en famille. Lors d’une récente visite que le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord a rendu aux reconvertis de Boko Haram, Midjiyawa Bakari leur a confié : "Vous ne serez pas logés à la base de la FMM pour longtemps. On a décidé de vous recaser à Mémé pour des raisons de sécurité. Ailleurs, on fait des aménagements aux ex-combattants dans des prisons. On ne va pas se venger de vous, l’Etat vous a pardonné et a tourné la page. Le centre moderne d’hébergement que l’on va vous construire à Mémé à hauteur de 2 milliards de francs Cfa va comporter des dortoirs, des salles de classe, des aires de jeux, des espaces d’écoute et autres commodités, de manière gratuite". Une opération civilo-militaire de charme qui vise à pousser les ex-membres de Boko Haram à inviter leurs anciens compagnons restés encore dans les griffes des gourous de la secte. Entre temps, de nombreux autres ex-combattants de Boko Haram ont retrouvé leur vie de famille. Ceux en attentes de recasement sont en majorité des orphelins dont les parents ont été tués pendant les différentes incursions.

Paix retrouvée

Avec les efforts conjugués de l’armée camerounaise, des comités de vigilance et de la défense populaire, aujourd’hui Boko Haram est à bout de souffle. On parle de moins en moins d’attentats-kamikazes, d’incursion ou d’attaques de masse. Selon Viché YATAHAD, maire de la commune de Mozogo, "la situation est à l’accalmie certes parce que maintenant, nos populations dorment chez elles et vaquent à leurs occupations agricoles contrairement au passé où les gens dormaient dans les grottes en montagne toute la nuit. Chaque membre de famille était devenu forcément un comité de vigilance pour donner l’alerte. C’est beaucoup plus calme maintenant mais on note quand même quelques incursions sporadiques mais moins grave des rares Boko Haram qui sont presque à l’agonie". Il place cette accalmie sur le dynamisme des comités de vigilance, désormais plus motivés et appuyés en moyens financiers et logistiques par les pouvoirs publics. Ces derniers travaillent en étroite collaboration active avec les forces de défense qui ont augmenté en nombre. Selon un officier de l’armée camerounaise en poste avancé d’Ashigashia, "s’il y a attaque, c’est qu’elle est ciblée sur un membre de comité de vigilance ou un informateur. Il n’y a plus d’attaques d’envergure, encore moins des attentats-kamikazes dans les lieux de rassemblement.

La vie reprend son cours normal sur plusieurs villages de la Région de l’Extrême-Nord

C’est une avancée notoire dans la lutte contre la secte". Toutefois note-t-il, il y a lieu d’être toujours vigilant parce que l’ennemi reste toujours sans visage. "A la lumière des récurrentes attaques, les forces de l’ordre ont désormais ciblé les principaux corridors de passage de ces bandes de terroristes. Avec les informations de première main que nous donnent les comités de vigilance, nous anticipons sur leur avancée et nous les prenons toujours de cours.

Des enfants retrouvent petit à petit l’envie de s’amuser

Actuellement, il n’y a que Ashigachia qui est trop ouvert, " par lequel ils passent mais c’est minable. Donc, vous n’entendez plus des attaques des positions de l’armée, des incursions dans les villages, des explosions de mine ou de kamikazes. Tout ça, c’est désormais du passé. Ceux qui opèrent sont des affamés qui cherchent un peu de pitance pour leur survie", explique une autre source militaire ayant requis l’anonymat. Les populations saluent en chœur cette synergie qui a abouti à cette paix retrouvée. "Il faut saluer les actions du gouvernement qui a tout fait pour ramener la paix. Nous avons repris avec nos activités champêtres mais nous restons toujours vigilants. C’est gens-là nous surprennent toujours. Heureusement que les déplacés internes se sont réinstallés et les retournés qui ne savent plus où aller ont été orientés vers le camp de Zamai", se réjouit Hawadak Djémé, un habitant de Moskota.

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