SUCCÈS DU PLAIDOYER POUR LA MISE EN PLACE D’UN COMITÉ DE PRÉVENTION ET DE RÉSOLUTION DES CONFLITS À KAÏ-KAÏ

Depuis plus d’un an déjà notre association est engagée aux cotés des populations des villages Djafga et Doreissou dans l’arrondissement de Kaï-Kaï, département du Mayo Danay, afin de les accompagner pour une gestion durable des terres et des ressources naturelles.

Ces deux villages, situés dans la plaine d’inondation Waza Logone, à la frontière avec le Tchad, ont en commun un amenuisement des espaces vitaux, du fait de l’occupation des terres par la Société d’Expansion et de Modernisation de la Riziculture de Yagoua (SEMRY). De plus, les rizières de cette société ainsi que les installations mise en place pour leur irrigation ont fortement influencé la géographie de ces villages, les exposant ainsi à des inondations graves et régulières, surtout en saison pluvieuse. À cela s’ajoute la conversion des terres des villages du fait de la mise en œuvre du Projet d’Urgence de Lutte Contre les Inondations (PULCI) et du Projet de valorisation des Investissements dans la Vallée du Logone (VIVA Logone).

Cet amenuisement des espaces nécessaires à la survie des habitants, est très souvent source de tension et de conflits divers entre populations, d’autant plus que la terre est le premier facteur de création de richesse, qu’il s’agisse de l’agriculture ou de l’élevage, qui sont du reste les principales activités économiques des habitants de ces deux villages. En dehors des conflits ethniques qui découlent souvent de dispute autour de la délimitation des terres entre ces deux villages ou encore avec les villages voisins, on assiste fréquemment à des conflits agropastoraux résultant de la destruction des champs des agriculteurs par des bovins appartenant aux éleveurs.

Les mécanismes traditionnels prévus pour la résolution de ces conflits ne sont pas toujours efficaces. Si ce n’est pas la légitimité du chef traditionnel chargé de résoudre le conflit qui est remise en question, parfois la partie condamnée à réparer le dommage causé par ses bêtes ne se sent guère obligée de le faire ; et l’autorité traditionnelle n’a aucun moyen pour le contraindre à s’exécuter. Dans de pareils cas et lorsque parfois la partie lésée décide de recourir à la justice républicaine, très vite elle est confrontée à la lourdeur administrative, aux tracasseries judicaires.

C’est pour cet ensemble de raison, que grâce à un appui du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), nous avons mis en œuvre une série d’actions dans ces deux villages visant entre autres à :
   - Conduire une étude sur l’état des lieux de l’usage des terres et autres ressources naturelles, les approches de sécurisation foncière et les mécanismes de résolution des conflits;
   - Réaliser une cartographie participative des espaces;
   - Délimiter et matérialiser les espaces réservés à l’agriculture et ceux destinés aux activités pastorales;
   - Renforcer les capacités des communautés sur diverses thématiques clés en lien avec la gestion des terres et des ressources naturelles.

Ces activités ont été ponctuées par l’organisation d’une importante rencontre réunissant autour de la table le Sous-Préfet et le maire de l’arrondissement de Kaï-Kaï, les différentes sectorielles impliquées dans la gestion des terres et des ressources naturelles, les deux chefs traditionnels des villages Djafga et Doreissou et deux responsables des organisations de la société civile locales. En plus de la présentation des résultats de nos actions au Sous-Préfet au cours de ladite rencontre, la nécessité de la mise sur pied d’un cadre de concertation pour la prévention et la résolution des problèmes endogènes des population de ces villages a été appelée de tous les vœux. Une esquisse de formalisation d’un tel cadre de dialogue a été présentée et discutée avec tous les participants. Après avoir écouté cette doléance, le Chef de terre s’est engagé à formaliser ce cadre de dialogue dans les meilleurs délais.

Photo des participants à la rencontre de dialogue et de plaidoyer

 Quelques semaines plus tard et conformément à son engagement, le Sous-Préfet a rendu public la décision N°18/D/K25-11/SP du 22 juin 2021, portant création d’un comité en charge de la prévention et la résolution des conflits agropastoraux dans l’arrondissement de Kaï-Kaï. Cette décision fixe avec précisons la composition, les attributions et le mode de fonctionnement de ce comité.

La mise sur pied d’un tel comité a l’avantage d’associer à la fois les autorités traditionnelles en tant que représentants directs de leurs populations, les autorités administratives et municipales, les forces de défense et de sécurité et les organisations de la société civile locales, pour une meilleure médiation et un bon rendu de la justice. Les décisions prises dans le cadre de ce comité auront plus de légitimité et on assistera à beaucoup moins de contestation par les mis en cause.

Cet exemple est à saluer et à reproduire dans les contrées de notre région l’Extrême-Nord, où on assiste parfois à des conflits mortels entre communautés. La mort de deux personnes parmi lesquelles le Sultan du village Ndamé Dans l’arrondissement de Makary, département du Logone et Chari est encore fraiche dans nos mémoires. Ces derniers ont été tué le 19 juin 2021 lors d’un affrontement intercommunautaire suite à un litige foncier entre Kotoko et Arabes Choas. En dehors des deux personnes tuées, quatre autres ont été grièvement blessées. N’eut été l’intervention des forces de l’ordre, ce bilan aurait pu être plus lourd.

Prendre des dispositions pour prévenir et résoudre les conflits en amont comme cela est le cas aujourd’hui à Kaï-Kaï, permet à coup sûr de maintenir la paix et la cohésion sociale afin d’éviter des conséquences parfois irréparables.

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Saturday, 16 October 2021 14:23

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